Un art multiple…

Le Voyage de Betsalel présente le langage artistique d’un peuple qui a vécu dispersé 2000 ans au sein des nations. Dans presque chaque pays, à des époques différentes, des communautés se sont établies. Elles ont vécu, sans se mélanger à la population d’accueil. Un quartier leur était réservé qui selon les régions reçut des appellations diverses : juiverie, ghetto, judengasse, mellah, juderia… Des artistes y ont vécu et ont créé des œuvres connues au sein de leurs communautés mais pas en dehors. La technique était inspirée de la terre d’accueil mais pas les thèmes.

De l’antiquité à nos jours, les sujets iconographiques sont les objets du mobilier du Temple, les fruits d’Erets Israël et des personnages illustrant des scènes bibliques ou des midrachim. Les communautés vivant en Europe utilisent la représentation figurée, zoomorphe, florale, végétale et géométrique. Les communautés vivant en terre d’Islam utilisent ces mêmes motifs hormis la représentation figurée.

Au 19e siècle, en Europe, lorsque les droits des Juifs ont été reconnus, ceux qui voulaient se former aux disciplines artistiques ont commencé à fréquenter des académies d’art. Certains ont arrêté lʼart cultuel pour approfondir des techniques et des courants de pensée novateurs sans afficher leur judéité.

L’art juif est multiple parce que le peuple juif est composé d’êtres multiples qui expriment leur judaïsme de différentes manières. Un Juif reste Juif et n’est pas exclu de son peuple parce qu’il ne suit pas les commandements qui règlent le cours de sa vie. Le peuple juif est un peuple en mouvement continuel, et sa créativité porte la marque de cette mobilité.

Si, encore de nos jours, certains historiens considèrent que l’art doit être défini par un style, et que l’art juif, de par sa multiplicité, ne présente aucun style homogène, d’autres historiens le voit simplement comme l’expression d’un peuple, l’âme d’un peuple qui, au cours du temps, là où il s’est trouvé, a su s’adapter, s’intégrer, vivre et créer sans perdre son identité.